La contribution alimentaire pour les enfants : calcul, frais extraordinaires et révision

Comment la contribution alimentaire pour les enfants est-elle calculée ? Frais extraordinaires, indexation, révision et recours en cas de non-paiement.

Peu de sujets sont aussi sensibles, après une séparation, que la contribution alimentaire pour les enfants, souvent appelée « pension alimentaire » dans le langage courant. Combien un parent doit-il payer, comment ce montant est-il calculé, qu’en est-il des frais scolaires ou d’un appareil dentaire, et que se passe-t-il si la situation change ? La loi part d’un principe clair, mais sa mise en œuvre exige de la précision. Cet article explique comment la contribution alimentaire est fixée, comment elle est adaptée et ce que vous pouvez faire si elle n’est pas payée.

Le principe : chaque parent contribue à proportion de ses facultés

Les parents doivent assumer, à proportion de leurs facultés, l’hébergement, l’entretien, la santé, la surveillance, l’éducation, la formation et l’épanouissement de leurs enfants (article 203, § 1er, de l’ancien Code civil). Cette obligation pèse sur les deux parents, qu’ils aient été mariés, cohabitants ou qu’ils n’aient jamais formé un couple.

Les facultés comprennent non seulement les revenus professionnels, mais aussi les revenus mobiliers et immobiliers ainsi que tous les avantages et autres moyens qui déterminent le niveau de vie des parents et des enfants, comme une voiture de société ou un logement gratuit (article 203, § 2). Le parent qui gagne moins contribue lui aussi, selon ses possibilités.

Cette obligation ne s’arrête pas automatiquement à dix-huit ans. Tant que la formation de l’enfant n’est pas achevée, elle se poursuit après sa majorité.

Comment la contribution alimentaire pour les enfants est-elle calculée ?

Il n’existe aucune formule de calcul imposée par la loi. La loi détermine en revanche les éléments que le juge doit mentionner dans sa décision (article 1321 du Code judiciaire), notamment :

  • les revenus et facultés de chaque parent ;
  • les modalités d’hébergement des enfants ;
  • les frais ordinaires de l’enfant et la manière dont ils ont été évalués ;
  • les allocations familiales (en Flandre, le Groeipakket) et les avantages fiscaux liés aux enfants.

En pratique, avocats et juges recourent à des méthodes de calcul, comme la méthode Renard ou celle du Gezinsbond (association flamande des familles), pour parvenir à une évaluation objective. Ces méthodes offrent un point de repère, mais le juge n’est pas tenu de les suivre. Comme la décision doit mentionner ces éléments, les parents peuvent vérifier comment le montant a été établi.

Les frais de l’enfant sont répartis entre les parents à proportion de leurs facultés, en tenant compte des frais que chaque parent assume lui-même pendant l’hébergement des enfants chez lui. En cas d’hébergement égalitaire et de revenus comparables, la contribution peut donc être modeste, voire se limiter à un partage des frais extraordinaires.

Frais ordinaires et frais extraordinaires

La loi distingue les frais ordinaires, qui couvrent la vie quotidienne de l’enfant, et les frais extraordinaires : des dépenses exceptionnelles, nécessaires ou imprévisibles, qui résultent de circonstances accidentelles ou inhabituelles et dépassent le budget habituel (article 203bis de l’ancien Code civil). Pensez à des frais médicaux importants, à un appareil dentaire, à des frais scolaires particuliers ou à des frais d’études.

Un arrêté royal du 22 avril 2019 énumère les frais extraordinaires et prévoit que, sauf urgence ou nécessité avérées, ils doivent faire l’objet d’une concertation et d’un accord préalables des deux parents, portant tant sur l’opportunité de la dépense que sur son montant. Le parent qui souhaite engager une telle dépense doit donc d’abord demander l’accord de l’autre parent. L’arrêté royal ne fixe aucun délai dans lequel l’autre parent doit répondre ; un tel délai peut toutefois être prévu dans le jugement ou la convention. Demandez donc cet accord par écrit et d’une manière dont vous pourrez apporter la preuve, par exemple par envoi recommandé.

Un bon règlement précise aussi dans quelle proportion les frais extraordinaires sont partagés et à quelle fréquence les comptes sont faits. Vérifiez donc toujours d’abord ce que prévoit votre jugement ou votre convention à ce sujet.

Indexation

La contribution alimentaire est adaptée de plein droit aux fluctuations de l’indice des prix à la consommation (article 203quater de l’ancien Code civil). Le parent débiteur doit donc appliquer lui-même l’indexation ; celui qui l’oublie accumule un arriéré. Le jugement ou la convention mentionne généralement l’indice de base et le moment de l’adaptation.

Révision en cas de changement de circonstances

Si un parent perd son emploi, si les modalités d’hébergement changent ou si un enfant part en kot, la contribution peut être revue. Le tribunal peut augmenter, diminuer ou supprimer la contribution lorsque des circonstances nouvelles modifient sensiblement la situation des parents ou de l’enfant. N’attendez pas trop longtemps pour demander une adaptation : tant qu’aucune nouvelle décision n’est intervenue, l’ancienne contribution reste due.

Un accord entre les parents peut aussi être formalisé, dans une convention homologuée par le tribunal de la famille ou dans un acte notarié. L’accord a alors la même force exécutoire qu’un jugement. Un simple accord sous seing privé n’est pas un titre exécutoire : s’il n’est pas respecté, vous devez d’abord saisir le juge. En cas de divorce par consentement mutuel, le règlement relatif aux enfants fait partie des conventions que le tribunal homologue.

Que faire si la contribution alimentaire n’est pas payée ?

Si le paiement se fait attendre, vous disposez de plusieurs moyens, que vous pouvez aussi combiner :

  • Délégation de sommes : le juge peut autoriser le parent créancier de la contribution à percevoir directement le salaire ou d’autres revenus de l’autre parent auprès de l’employeur ou d’un autre tiers (article 203ter de l’ancien Code civil).
  • Saisie : muni d’un titre exécutoire, un huissier de justice peut pratiquer une saisie. Pour les créances alimentaires, les limites habituelles de la saisie sur les rémunérations et les allocations ne s’appliquent pas (article 1412 du Code judiciaire). En savoir plus sur la saisie.
  • SECAL : le Service des créances alimentaires du SPF Finances peut, sous certaines conditions, verser des avances et récupérer les arriérés auprès de l’autre parent. Un jugement ou un acte exécutoire est requis à cet effet. En outre, l’autre parent doit avoir omis de payer, en tout ou en partie, au moins deux termes, consécutifs ou non, au cours des douze mois précédant la demande.
  • Poursuites pénales : celui qui, volontairement, reste plus de deux mois en défaut de payer une contribution alimentaire à laquelle il a été condamné par une décision judiciaire qui n’est plus susceptible d’opposition ni d’appel commet un abandon de famille (article 676 du Code pénal, pour les faits commis à partir du 1er septembre 2026 : peine de niveau 1).

De quels documents avez-vous besoin ?

Une contribution n’est convaincante que si les chiffres sur lesquels elle repose le sont. Rassemblez donc les fiches de paie et avertissements-extraits de rôle récents des deux parents et, pour les indépendants, les documents comptables. Ajoutez la preuve des autres revenus et avantages, des charges de logement et des frais de l’enfant : école, garde, loisirs, vêtements et frais médicaux. Mieux le dossier est documenté, moins il reste de place pour la discussion et plus vite un accord ou une décision intervient.

Questions fréquentes

Jusqu’à quel âge la contribution alimentaire est-elle due ?

Pas automatiquement jusqu’à dix-huit ans, mais tant que la formation de l’enfant n’est pas achevée. Dans certains cas, l’enfant majeur peut lui-même réclamer la contribution. Les parents peuvent convenir qu’à partir de la majorité, la contribution sera versée directement à l’enfant.

Les revenus de mon nouveau partenaire sont-ils pris en compte ?

Pas directement : votre nouveau partenaire n’a pas d’obligation alimentaire envers vos enfants. La cohabitation peut toutefois réduire vos propres charges et influencer ainsi vos facultés disponibles.

Dois-je aussi payer en cas d’hébergement égalitaire, une semaine sur deux ?

Cela dépend de la différence de revenus et de la répartition des frais, comme les factures scolaires ou les vêtements, ainsi que de la personne qui perçoit les allocations familiales. Une contribution n’est donc certainement pas exclue.

Quel tribunal statue sur la contribution alimentaire ?

C’est le tribunal de la famille. En cas d’urgence, vous pouvez aussi demander des mesures urgentes et provisoires, par exemple pendant une procédure de divorce.

Et si l’autre parent dissimule ses revenus ?

Le juge tient compte de toutes les facultés et du niveau de vie réel, et pas uniquement des revenus déclarés. Il peut ordonner à un parent de produire des documents et tirer des conclusions d’un refus.

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Sources

Rédigé par Me Mohamed Asfour, avocat à Bruxelles (Novex Advocaten). Dernière mise à jour : 4 octobre 2026. En savoir plus sur le cabinet