Le délit de fuite est l’une des infractions de roulage les plus lourdement sanctionnées du pays. Qui quitte les lieux d’un accident sans laisser ses coordonnées risque une lourde amende, une longue interdiction de conduire et une condamnation qui restera inscrite à son casier judiciaire, et, en cas de blessés ou de morts, également une peine d’emprisonnement — même lorsque l’accident n’était pas de sa faute. C’est précisément ce dernier point qui est le plus souvent mal évalué.
Qu’est-ce qu’un délit de fuite ?
L’article 33 de la loi relative à la police de la circulation routière punit le conducteur qui, sachant que son véhicule a causé ou occasionné un accident de la circulation dans un lieu public, prend la fuite pour échapper aux constatations utiles. L’infraction suppose trois éléments :
- Un accident de la circulation dans un lieu public — même avec de simples dégâts matériels. Heurter une voiture en stationnement suffit.
- La connaissance de cet accident. Vous en aviez connaissance, ou vous ne pouviez raisonnablement pas l’ignorer.
- Le fait de quitter les lieux pour échapper aux constatations, sans laisser de données d’identification.
Votre propre faute dans l’accident est sans incidence. Même le conducteur qui n’a rien fait de mal doit s’arrêter, communiquer ses coordonnées et, au besoin, porter assistance. C’est précisément sur les deuxième et troisième éléments que la défense fait porter ses efforts : celui qui ne s’est pas aperçu de la collision, ou qui a lui-même averti la police peu après, ne « prend pas la fuite » au sens de la loi.
Les peines
Dégâts matériels uniquement (article 33, § 1er)
- Une peine de niveau 1 du nouveau Code pénal : pour les faits commis à partir du 1er septembre 2026, une peine d’emprisonnement n’est plus possible ;
- Amende de 2.000 à 20.000 euros ;
- Au lieu de l’amende, le juge peut notamment infliger une peine de travail de 20 à 120 heures ou une peine de probation de 6 à 12 mois ;
- La déchéance du droit de conduire est possible, mais pas obligatoire (article 38, § 1er, 5°).
Avec blessés ou issue mortelle (article 33, § 2)
- En cas de blessés (alinéa 1er) : une peine de niveau 2, notamment une peine d’emprisonnement de six mois à trois ans ; lorsque l’accident a entraîné la mort (alinéa 2) : une peine de niveau 3, soit une peine d’emprisonnement de plus de trois ans à cinq ans ;
- Amende de 4.000 à 50.000 euros ;
- Déchéance obligatoire du droit de conduire de trois mois au moins à cinq ans, ou à titre définitif ;
- La réintégration dans le droit de conduire dépend de la réussite de l’examen théorique, de l’examen pratique et de l’examen psychologique.
Récidive dans les trois ans (article 33, § 3)
- Une peine de niveau 3 : une peine d’emprisonnement de plus de trois ans à cinq ans, remplacée par une peine de niveau 2 ou 1 en cas de circonstances atténuantes ;
- Amende de 4.000 à 50.000 euros.
Important pour le montant : depuis le 1er septembre 2026, la loi sur la circulation routière mentionne de nouveaux montants de base, qui sont multipliés par 1,25 au titre des décimes additionnels. Une amende de 1.600 euros prévue par le texte légal coûte donc 2.000 euros. Les montants ci-dessus sont les montants réels et correspondent à ce qui s’appliquait déjà aux faits commis entre le 1er février et le 31 août 2026 ; pour les faits antérieurs au 1er février 2026, le coefficient était encore de 8. Pour les faits antérieurs au 1er septembre 2026, le régime en vigueur à ce moment-là reste applicable, sauf si le nouveau régime est plus favorable (article 2 du Code pénal) — un moyen de défense qu’il faut soulever expressément dans les dossiers en cours.
Quel tribunal connaît de votre affaire ?
Le tribunal de police est compétent pour les infractions à la loi sur la circulation routière ainsi que pour l’homicide ou les blessures résultant d’un accident de la circulation (article 138 du Code d’instruction criminelle) ; pour les faits commis à partir du 1er septembre 2026, ces infractions s’appellent l’homicide dans le cadre de la circulation (article 107 du Code pénal) et l’atteinte à l’intégrité dans le cadre de la circulation (article 218 du Code pénal). Même un délit de fuite ayant fait une victime mortelle relève donc en règle du juge de police, et non du tribunal correctionnel. Ce n’est que lorsque le dossier est connexe à des infractions qui ne relèvent pas de sa compétence que l’affaire change de juridiction.
Indépendamment de l’affaire pénale, le parquet peut ordonner le retrait immédiat de votre permis de conduire lorsque le conducteur a pris la fuite pour échapper aux constatations (article 55, 2°). Ce retrait vaut pour quinze jours et peut être prolongé par le tribunal de police pour une durée de trois mois au maximum.
Comment le parquet apporte la preuve — et où le bât blesse
Le ministère public doit prouver les trois éléments constitutifs, et la preuve de la connaissance de l’accident en est généralement le point le plus faible. Nous vérifions :
- si les dégâts sont de nature telle que vous deviez sentir ou entendre la collision ;
- ce que les images de caméras, les témoignages et les constatations des dégâts démontrent réellement — et non ce qu’ils se bornent à suggérer ;
- si l’identification de votre véhicule et du conducteur est concluante ;
- si vous avez spontanément pris contact avec la police ou la partie adverse après l’accident, ce qui contredit l’intention de fuir ;
- si le procès-verbal et la citation sont réguliers.
L’assurance : des suites souvent plus coûteuses que l’amende
Une condamnation pour délit de fuite a aussi des conséquences civiles. Votre assureur peut exercer son droit de recours : il indemnise la personne lésée, mais vous réclame ensuite ce montant. Si le conducteur reste inconnu ou si le véhicule n’est pas assuré, le Fonds commun de garantie belge intervient pour les dommages corporels — après quoi ce fonds peut, lui aussi, exercer un recours. En cas de lésions corporelles, ces montants atteignent vite des sommes élevées, de sorte qu’il vaut mieux examiner ensemble l’affaire pénale et le recours.
Qu’est-il possible d’obtenir ?
Lorsque les faits sont établis, le débat se déplace vers la peine : suspension du prononcé ou sursis, interdiction de conduire limitée au week-end (article 38, § 2bis), limitation à certaines catégories de véhicules (article 45), et, là où elle reste possible — en cas de blessés, de morts ou de récidive —, le fait d’éviter une peine d’emprisonnement effective. Le juge tient compte à cet égard de vos antécédents, de votre attitude après les faits et de la question de savoir si le dommage a été indemnisé. Celui qui indemnise la personne lésée ou conclut un arrangement avant l’audience se trouve en position nettement plus forte.
Novex Advocaten vous assiste
Plus tôt nous voyons le dossier, plus nous disposons de marge de manœuvre — surtout tant que le parquet n’a pas encore pris position. Transmettez-nous votre procès-verbal ou votre citation pour une évaluation honnête de vos chances de succès.
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Sources
- Loi du 16 mars 1968 relative à la police de la circulation routière, texte coordonné sur Justel (consulté le 24 septembre 2026)
- Loi du 29 février 2024 introduisant le livre Ier du Code pénal, Justel (consulté le 24 septembre 2026)
- Cours et tribunaux : les tribunaux de police (consulté le 24 septembre 2026)
Rédigé par Me Mohamed Asfour, avocat à Bruxelles (Novex Advocaten). Dernière mise à jour : 23 septembre 2026. En savoir plus sur le cabinet