Le retrait immédiat n’est pas une peine. Il s’agit d’une mesure provisoire prise par le parquet, avant même qu’un juge ne se soit penché sur votre affaire. Cela signifie deux choses : vous n’êtes pas encore condamné, et vous pouvez bel et bien agir pour récupérer votre permis plus rapidement.
Dans quels cas le parquet peut-il retirer votre permis ?
L’article 55 de la loi relative à la police de la circulation routière énumère les hypothèses visées. Les principales en pratique :
- l’imprégnation alcoolique ou l’état d’ivresse au-delà des seuils fixés par la loi, ainsi que les cas de drogues au volant ;
- le conducteur qui prend la fuite pour échapper aux constatations ;
- un accident de la circulation apparemment imputable à une faute grave, ayant causé des blessures graves ou la mort ;
- la conduite alors que vous avez été déchu du droit de conduire ;
- les excès de vitesse graves : plus de 20 km/h au-delà de la limite en agglomération, dans une zone 30, aux abords d’écoles, dans une zone résidentielle ou une zone de rencontre, ou plus de 30 km/h au-delà de la limite ailleurs ;
- la conduite d’un véhicule non équipé de l’éthylotest antidémarrage imposé.
Le retrait est ordonné par le procureur du Roi. En cas d’excès de vitesse graves et dans les cas visés aux articles 60, § 3, et 61ter, § 1er, l’officier de police judiciaire peut également l’ordonner ; il doit alors vous informer immédiatement que vous pouvez en demander la restitution (article 55, § 2).
Combien de temps dure-t-il ?
Quinze jours. Passé ce délai, le ministère public doit restituer le permis, sauf si le tribunal de police en a prolongé la durée (article 56). Cette prolongation est requise par le procureur devant le tribunal de police et ne peut excéder trois mois ; un délai d’au moins sept jours doit séparer la citation de la comparution, et le tribunal statue en audience publique dans les quinze jours suivant la décision de retrait (article 55bis).
Cette audience est votre première véritable occasion d’être entendu — et elle reste souvent inexploitée. Comparaître avec une attestation de l’employeur, un dossier médical ou un schéma concret de vos déplacements augmente les chances que la prolongation soit refusée ou limitée.
Comment demander la restitution ?
Aucun formalisme lourd n’est requis : le ministère public peut restituer le permis d’office ou à la demande du titulaire (article 56). Cette demande prend la forme d’un courrier motivé adressé au procureur, mentionnant le numéro de notice du dossier, la raison pour laquelle vous avez besoin de votre permis et les pièces qui l’établissent. Dans les situations urgentes — une activité professionnelle à l’arrêt, une nécessité médicale — une telle demande a de réelles chances d’aboutir, a fortiori en l’absence d’antécédents.
Si l’affaire est entre-temps portée devant le tribunal de police, le débat se déplace vers cette audience. Même à ce stade, il reste utile de demander expressément la restitution : rien n’empêche le tribunal de refuser la prolongation.
Cette période est-elle déduite de votre interdiction de conduire ?
Oui. Si une déchéance temporaire du droit de conduire vous est ultérieurement infligée, la période durant laquelle votre permis a fait l’objet d’un retrait immédiat est imputée sur la durée de cette déchéance (article 57). Ces jours ne sont donc pas perdus — encore faut-il l’invoquer, car cela ne se fait pas toujours automatiquement.
Conduire pendant le retrait
Il s’agit d’une infraction distincte et grave : une peine de niveau 2 du nouveau Code pénal — notamment une peine d’emprisonnement de six mois à trois ans —, une amende de 2.000 à 20.000 euros (décimes additionnels compris) et une déchéance obligatoire de trois mois à cinq ans ou à titre définitif (article 30, § 3). Il en va de même lorsque le tribunal de police a prolongé le retrait. Pour les faits antérieurs au 1er septembre 2026, le régime en vigueur à ce moment-là reste applicable, sauf si le nouveau régime est plus favorable (article 2 du Code pénal). Si compréhensible que soit la nécessité pratique, c’est le moyen le plus rapide de transformer un dossier gérable en une affaire lourde.
Les premiers jours : ce qu’il vaut mieux faire
- Conservez le document qui vous a été remis lors du retrait. Il mentionne la date, l’heure et l’autorité qui a ordonné le retrait.
- Ne conduisez plus, pas même « juste » pour aller au travail. Conduire pendant le retrait est une infraction distincte et grave.
- Rassemblez les pièces qui démontrent pourquoi vous avez besoin de votre permis : une attestation de l’employeur, un horaire avec des services tôt le matin ou tard le soir, la distance jusqu’au travail, la prise en charge d’enfants ou d’un proche, des rendez-vous médicaux.
- Contactez un avocat dans la semaine. La demande de restitution et la préparation d’une éventuelle audience sur la prolongation doivent se faire rapidement.
Que doit contenir une demande de restitution ?
Une bonne demande adressée au procureur du Roi est courte et concrète :
- votre identité, le numéro de notice du dossier et la date du retrait ;
- un exposé bref et correct des faits, sans déjà plaider l’affaire au fond ;
- la raison concrète pour laquelle vous avez besoin de votre permis, étayée par des pièces ;
- votre situation personnelle : un casier judiciaire vierge, une longue expérience de conduite sans incident ;
- le cas échéant, votre disposition à suivre une formation ou un traitement, lorsque cela est pertinent dans votre dossier.
Une demande qui indique seulement que vous « avez besoin de votre voiture » a peu de chances d’aboutir. Une demande qui démontre que sans permis vous perdez votre emploi, en a davantage.
Questions fréquentes
Puis-je encore rouler à vélo ?
Oui. Un vélo ordinaire ne nécessite pas de permis. Un speed pedelec ou un cyclomoteur, en revanche, oui : vous ne pouvez pas les conduire pendant le retrait.
Le retrait figure-t-il sur mon casier judiciaire ?
Non. Il s’agit d’une mesure provisoire, pas d’une condamnation. Ce qui figurera sur votre casier dépend de la décision ultérieure du juge.
Mon employeur est-il averti ?
Pas par le parquet. Vous devrez toutefois informer vous-même votre employeur si vous conduisez pour votre travail. Une attestation de votre employeur peut d’ailleurs justement être un argument en faveur d’une restitution plus rapide.
Et si le tribunal de police prolonge le retrait ?
Il dure alors trois mois au maximum. Cette période est ensuite imputée sur une éventuelle déchéance (article 57). Le débat sur la peine, avec la suspension du prononcé, le sursis, une déchéance limitée au week-end ou à certaines catégories de véhicules, se mène seulement à l’audience au fond. Pour en savoir plus, lisez notre article sur les moyens de limiter une déchéance du droit de conduire.
Novex Advocaten vous assiste
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En savoir plus sur notre approche : avocat déchéance du droit de conduire.
Sources
- Loi du 16 mars 1968 relative à la police de la circulation routière, texte coordonné sur Justel (consulté le 24 septembre 2026)
- Loi du 29 février 2024 introduisant le livre Ier du Code pénal, Justel (consulté le 24 septembre 2026)
- Cours et tribunaux : les tribunaux de police (consulté le 24 septembre 2026)
Rédigé par Me Mohamed Asfour, avocat à Bruxelles (Novex Advocaten). Dernière mise à jour : 24 septembre 2026. En savoir plus sur le cabinet