Un moment d’égarement dans un grand magasin, une accusation de vol au travail ou un soupçon après un cambriolage : un dossier de vol ou de vol à l’étalage entraîne souvent des conséquences qui paraissent disproportionnées. Une citation, une inscription au casier judiciaire et parfois un licenciement sont en jeu. Pourtant, surtout lorsqu’il s’agit d’un premier fait, les issues possibles sont plus nombreuses qu’on ne le pense. Cet article explique les sanctions que le nouveau Code pénal prévoit depuis le 1er septembre 2026 pour le vol et le vol à l’étalage, ainsi que les possibilités qui s’offrent à vous.
Qu’est-ce que le vol ?
Le vol est la soustraction frauduleuse, même momentanée, d’une chose appartenant à autrui (article 463 du Code pénal). Deux éléments sont essentiels :
- la soustraction de la chose d’autrui, sans le consentement du propriétaire ;
- l’intention frauduleuse, c’est-à-dire la volonté de s’approprier la chose ou d’en disposer comme un propriétaire. Sans cette intention, il n’y a pas de vol. Celui qui oublie de payer un article ou qui emporte une chose en étant convaincu d’y avoir droit ne commet en principe pas de vol.
Les mots « même momentanée » confirment que celui qui soustrait la chose d’autrui pour en faire un usage temporaire, par exemple un véhicule, commet lui aussi un vol. C’était déjà le cas sous l’ancien Code pénal (article 461, alinéa 2).
Le vol à l’étalage n’est pas une infraction distincte, mais un vol ordinaire, même lorsqu’il porte sur un produit de quelques euros. La valeur de ce qui a été soustrait pèse toutefois dans la décision du parquet et dans la fixation de la peine.
Les sanctions du vol et du vol à l’étalage depuis le 1er septembre 2026
Le nouveau Code pénal classe les peines par niveaux de peine. Les peines qui correspondent à chaque niveau sont fixées par l’article 36 du Code pénal.
- Le vol sans violences ni menaces, comme le vol à l’étalage ou le vol au travail, est puni d’une peine de niveau 2 (article 465). Il peut s’agir d’un emprisonnement de six mois à trois ans, mais aussi d’une peine de surveillance électronique, d’une peine de travail de plus de 120 à 300 heures, d’une peine de probation ou d’une condamnation par déclaration de culpabilité. En cas de circonstances atténuantes, le juge peut prononcer une peine de niveau 1, sans emprisonnement, par exemple une amende ou une peine de travail plus courte.
- Le vol aggravé est puni d’une peine de niveau 3, soit un emprisonnement de plus de trois ans à cinq ans. C’est le cas lorsque l’auteur s’est introduit dans un lieu non accessible au public alors qu’il devait présumer qu’une personne s’y trouvait, par exemple une habitation occupée ; lorsque la victime est mineure ou vulnérable ; lorsque l’auteur a pris une fausse identité ou une fausse qualité ou a allégué un faux ordre de l’autorité publique ; ou lorsque le vol a été commis la nuit, entre 21 heures et 5 heures (article 466 et article 79, 24°).
- Le vol avec violences ou menaces est puni d’une peine de niveau 3 (article 467). En présence de circonstances aggravantes, comme l’usage d’une arme ou la commission des faits par deux personnes ou plus, la peine passe à une peine de niveau 4 à 6 (article 469).
L’effraction, l’escalade et les fausses clefs ne constituent plus des circonstances aggravantes distinctes. Lors de la fixation de la peine, le juge tient notamment compte du fait que le vol a été commis au préjudice de l’employeur ou à l’aide d’un véhicule (article 474).
Celui qui achète ou conserve un bien volé en sachant qu’il provient d’une infraction est également punissable : le recel est puni d’une peine de niveau 3 (article 501).
Faits commis avant le 1er septembre 2026
Pour les faits antérieurs à cette date, le régime de l’ancien Code pénal reste applicable, sauf si le nouveau régime est plus favorable (article 2 du Code pénal). Le vol simple était alors puni d’un emprisonnement d’un mois à cinq ans et d’une amende (article 463 de l’ancien Code pénal). Le vol commis à l’aide d’effraction, d’escalade ou de fausses clefs constituait un vol aggravé. Le régime le plus favorable doit être déterminé dossier par dossier, surtout en cas de vol aggravé, dont les circonstances sont définies autrement.
Comment se déroule un dossier de vol à l’étalage ?
La personne surprise en flagrant délit dans un magasin peut être retenue par le personnel ou par un agent de gardiennage jusqu’à l’arrivée de la police. La police dresse un procès-verbal, vous auditionne et transmet le dossier au parquet. Une privation de liberté sans mandat du juge d’instruction dure au maximum 48 heures, mais en cas de simple vol à l’étalage, vous êtes généralement relâché après l’audition. Vous n’êtes pas obligé de signer sur place des aveux ou une reconnaissance de dette.
Le parquet décide ensuite : classer le dossier sans suite, proposer une alternative ou vous citer devant le tribunal correctionnel. Découvrez ce que vous pouvez faire si vous êtes cité devant le tribunal correctionnel.
Des issues sans condamnation ou avec une peine légère
Surtout pour un premier fait et un dommage limité, plusieurs pistes existent :
- Le classement sans suite, éventuellement après le remboursement du dommage.
- La transaction : vous payez une somme d’argent, vous indemnisez le dommage de la victime et l’action publique s’éteint, sans condamnation (article 216bis du Code d’instruction criminelle). En savoir plus sur la transaction en matière pénale.
- La médiation pénale, avec réparation du dommage et éventuellement une formation ou un accompagnement (article 216ter du Code d’instruction criminelle). Celui qui respecte les engagements pris échappe lui aussi à une condamnation.
- Devant le juge : la suspension du prononcé (article 64 du Code pénal), le sursis à l’exécution de la peine (article 65), une peine de travail (article 45) ou une peine de probation. La suspension et la peine de travail requièrent votre consentement. Elles n’apparaissent pas sur l’extrait ordinaire du casier judiciaire (article 595 du Code d’instruction criminelle), même si elles restent enregistrées au Casier judiciaire central.
La piste réaliste dépend des faits, du dommage, de votre casier judiciaire et du moment. C’est précisément là qu’une bonne assistance fait la différence.
Lorsque vous contestez les faits
Toute accusation n’est pas fondée. Les discussions sur des mouvements de caisse, des images de caméra incomplètes, une confusion de personnes ou des soupçons collectifs sur le lieu de travail sont fréquentes.
La défense examine la preuve de la soustraction, l’identification et surtout l’intention frauduleuse. Le dossier répressif doit établir avec la certitude requise que vous vouliez vous approprier la chose. En cas de doute raisonnable, le juge doit vous acquitter.
Le volet civil : dommages et intérêts et licenciement
Les magasins réclament parfois, par l’intermédiaire d’un bureau de recouvrement, une indemnité forfaitaire ou des « frais administratifs ». Ces montants ne sont pas dus automatiquement : une indemnisation doit en principe reposer sur un dommage réel. En cas de contestation, le magasin doit prouver son dommage, par exemple en se constituant partie civile dans la procédure pénale. Ne signez et ne payez rien sans conseil.
En cas de vol au travail, le droit du travail entre également en jeu. Un licenciement pour motif grave doit être notifié dans les trois jours ouvrables qui suivent le moment où l’employeur a eu une connaissance suffisante des faits. Si le motif ne figure pas dans la lettre de licenciement, l’employeur doit le notifier dans les trois jours ouvrables suivants (article 35 de la loi relative aux contrats de travail). Ces délais sont souvent contestés en pratique : lisez notre article sur le licenciement et les délais de préavis en Belgique.
Questions fréquentes
Un vol à l’étalage figure-t-il automatiquement dans mon casier judiciaire ?
Non. Un classement sans suite, une transaction ou une médiation pénale réussie n’entraînent pas de condamnation. Devant le juge, une suspension du prononcé ou une peine de travail peuvent éviter une mention sur l’extrait ordinaire. Découvrez aussi comment nettoyer votre casier judiciaire.
Je suis invité à une audition par la police. Que dois-je dire ?
Rien avant de connaître vos droits et les faits. Vous avez le droit de vous taire, le droit à une concertation confidentielle avec un avocat avant l’audition et le droit à son assistance pendant l’audition. En savoir plus sur vos droits lors d’une audition par la police.
J’ai immédiatement payé ou restitué le produit. L’affaire est-elle close ?
Pas automatiquement. La restitution ou le paiement ne fait pas disparaître l’infraction, mais le parquet et le juge en tiennent compte. Cela augmente souvent les chances d’un classement sans suite, d’une transaction ou d’une peine légère.
Mon enfant mineur a été pris sur le fait. Les mêmes règles s’appliquent-elles ?
Non. Les mineurs relèvent du droit de la jeunesse, avec des procédures et des mesures propres qui diffèrent selon la Communauté. Un mineur ne peut pas renoncer à l’assistance d’un avocat lors d’une audition, et l’assistance d’un avocat est obligatoire devant le tribunal de la jeunesse. Les parents peuvent être civilement responsables du dommage.
Novex Advocaten à vos côtés
Accusé de vol, de vol à l’étalage ou de recel ? Nous examinons le dossier, négocions avec le parquet lorsque c’est utile et vous défendons devant le tribunal, en néerlandais, en français, en anglais ou en arabe, avec la discrétion qu’exige ce type de dossier.
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Sources
- Loi du 29 février 2024 introduisant le livre Ier du Code pénal, Justel (consulté le 24 septembre 2026)
- Code d’instruction criminelle, texte coordonné sur Justel (consulté le 24 septembre 2026)
- Cours et tribunaux : le tribunal de première instance (consulté le 24 septembre 2026)
Rédigé par Me Mohamed Asfour, avocat à Bruxelles (Novex Advocaten). Dernière mise à jour : 4 octobre 2026. En savoir plus sur le cabinet