La question paraît simple — combien pouvez-vous boire tout en restant autorisé à conduire ? — mais la réponse dépend de qui vous êtes et de ce que vous conduisez. La loi belge fonctionne avec deux valeurs limites et avec deux infractions distinctes, souvent confondues.
Les deux limites légales
- 0,22 mg/l d’air alvéolaire expiré, ou 0,5 pour mille dans le sang. C’est la limite générale applicable à tout conducteur.
- 0,09 mg/l, ou 0,2 pour mille. Cette limite plus stricte s’applique à qui conduit un véhicule pour lequel un permis C1, C, C1+E, C+E, D1, D, D1+E ou D+E est requis, ainsi qu’à qui transporte des personnes au moyen d’un véhicule soumis aux mêmes normes médicales (article 34, § 3, de la loi relative à la police de la circulation routière). En pratique : les chauffeurs de poids lourds et d’autobus, ainsi que les taxis et le transport de personnes.
Les conducteurs novices ne sont soumis à aucune limite d’alcool spécifique — ils relèvent de la limite générale de 0,5 pour mille. Des règles plus strictes s’appliquent en revanche à leur sanction : qui est titulaire d’un permis B depuis moins de deux ans se voit obligatoirement imposer, en cas de condamnation pouvant entraîner une interdiction de conduire, une déchéance et au moins l’examen théorique ou pratique (article 38, § 5).
Que se passe-t-il au-delà de la limite ?
| Valeur mesurée | Conséquence |
|---|---|
| 0,22 à 0,35 mg/l (0,5 à 0,8 pour mille) | Imprégnation alcoolique, article 34, § 1er : amende de 250 à 5.000 euros (décimes additionnels compris). Le plus souvent, une perception immédiate — 207 euros depuis le 1er juillet 2026 juste au-dessus de la limite. |
| À partir de 0,35 mg/l (0,8 pour mille) | Imprégnation alcoolique, article 34, § 2 : amende de 2.000 à 20.000 euros (décimes additionnels compris), déchéance possible du droit de conduire, examens de réintégration et, à partir de 0,78 mg/l, en principe un éthylotest antidémarrage. |
Depuis le 1er septembre 2026, la loi sur la circulation routière mentionne de nouveaux montants de base, qui sont multipliés par 1,25 au titre des décimes additionnels. Une amende de 1.600 euros dans le texte de loi vous coûte donc 2.000 euros, sans compter les frais de justice. Les deux infractions sont punies d’une peine de niveau 1 du nouveau Code pénal, sans peine d’emprisonnement ; en cas de récidive dans les trois ans, une peine de niveau 2 peut être infligée pour les infractions visées à l’article 34, § 2 (article 36). Pour les faits antérieurs au 1er septembre 2026, le régime alors en vigueur reste applicable, sauf si le nouveau régime est plus favorable (article 2 du Code pénal).
L’imprégnation alcoolique n’est pas l’état d’ivresse
C’est le malentendu le plus fréquent dans la pratique. L’imprégnation alcoolique (article 34) est établie par une mesure : l’analyse de l’haleine ou la prise de sang donne un chiffre, et ce chiffre détermine l’infraction. L’état d’ivresse (article 35) est en revanche un état constaté sur la base de signes extérieurs — élocution, démarche, coordination, comportement — pour lequel aucune valeur mesurée n’est requise. Il n’existe donc aucun seuil en pour mille à partir duquel vous seriez « ivre » au sens de la loi.
La distinction n’est pas théorique. En cas d’état d’ivresse, le juge doit obligatoirement prononcer une déchéance du droit de conduire d’un mois au moins à cinq ans au plus, ou à titre définitif. En cas d’imprégnation alcoolique, cette déchéance est possible, mais pas obligatoire. Une personne qui souffle à peine au-dessus de la limite mais dont le comportement attire l’attention peut donc être punie plus sévèrement qu’une personne présentant un taux plus élevé.
Et si vous refusez de souffler ?
Celui qui refuse, sans motif légitime, de se soumettre au test de l’haleine, à l’analyse de l’haleine ou à la prise de sang commet une infraction distincte (article 34, § 2, 3°), punie comme s’il avait conduit avec au moins 0,8 pour mille. Refuser n’est donc pas une échappatoire. Celui dont le test est positif se voit en outre, depuis le 1er juillet 2026, systématiquement privé de son permis pendant douze heures ; celui-ci lui est restitué après un test négatif.
Combien de verres cela représente-t-il ?
Il n’existe pas de règle empirique fiable. Un verre standard, comme une bière, un verre de vin ou un alcool fort, contient chaque fois environ dix grammes d’alcool. Ce que cela représente dans votre sang dépend de votre poids, de votre sexe, de ce que vous avez mangé et du temps écoulé entre les verres. Certaines personnes dépassent déjà 0,5 pour mille après deux verres, d’autres plus tard. Celui qui veut conduire ne se fie donc pas à un tableau ou à une application : le seul choix sûr est de ne pas boire.
Le lendemain matin
Le corps élimine l’alcool lentement, en moyenne environ 0,1 à 0,15 pour mille par heure. Le café, une douche froide ou un petit-déjeuner copieux n’accélèrent pas ce processus. Celui qui a bu tard dans la nuit après une fête peut encore dépasser la limite le lendemain matin. Les contrôles tôt le matin donnent donc régulièrement lieu à des dossiers de conducteurs qui pensaient avoir « dormi assez ».
La mesure : où cela peut mal tourner
Le test d’haleine au bord de la route est un premier dépistage. La preuve provient de l’analyse de l’haleine au moyen d’un appareil homologué, ou d’une prise de sang. À votre demande, une deuxième analyse est effectuée immédiatement, et une troisième en cas d’écart trop important (article 59, § 3). Demandez-le expressément : c’est un droit, pas une faveur.
Le procès-verbal doit mentionner les appareils utilisés, les heures et les résultats. Une analyse réalisée avec un appareil dont l’étalonnage n’est pas établi, ou une procédure qui n’a pas été respectée, peut affecter la valeur de la mesure. Le vérifier est la première étape de tout dossier d’alcool.
Questions fréquentes
Puis-je conduire si je suis juste en dessous de 0,5 pour mille ?
Légalement oui, sauf pour ceux à qui s’applique la limite plus stricte de 0,2 pour mille. Mais même en dessous de la limite, l’alcool influence vos réflexes. Si votre comportement présente des signes manifestes d’ivresse, vous pouvez être poursuivi sur la base de l’article 35, sans qu’aucune valeur mesurée soit nécessaire. En cas d’accident, la consommation d’alcool pèse en outre dans l’appréciation de votre responsabilité.
Et si j’ai aussi causé un accident ?
S’y ajoutent alors un volet civil et, le cas échéant, des poursuites pour atteinte à l’intégrité ou homicide dans le cadre de la circulation. Pour en savoir plus, lisez nos articles sur les conséquences d’un accident grave sous influence et sur le retrait immédiat de votre permis.
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Sources
- Loi du 16 mars 1968 relative à la police de la circulation routière, texte coordonné sur Justel (consulté le 24 septembre 2026)
- Loi du 29 février 2024 introduisant le livre Ier du Code pénal, Justel (consulté le 24 septembre 2026)
- Cours et tribunaux : les tribunaux de police (consulté le 24 septembre 2026)
Rédigé par Me Mohamed Asfour, avocat à Bruxelles (Novex Advocaten). Dernière mise à jour : 24 septembre 2026. En savoir plus sur le cabinet