Retrait immédiat du permis de conduire : comment le récupérer ?

Retrait immédiat du permis de conduire : dans quels cas, la durée de 15 jours, la prolongation par le tribunal de police et comment obtenir la restitution.

Le retrait immédiat du permis de conduire n’est pas une peine. Il s’agit d’une mesure provisoire, le plus souvent ordonnée par le parquet, avant même qu’un juge ne se soit penché sur votre affaire. Cela signifie deux choses : vous n’êtes pas encore condamné, et vous pouvez bel et bien agir pour récupérer votre permis plus rapidement.

Vous trouverez ci-dessous dans quels cas un retrait immédiat est possible, combien de temps il dure, comment demander la restitution et ce qu’il vaut mieux faire les premiers jours.

Dans quels cas un retrait immédiat du permis de conduire est-il possible ?

L’article 55 de la loi relative à la police de la circulation routière énumère les hypothèses visées. Les principales en pratique :

  • l’intoxication alcoolique à partir du seuil légal, l’état d’ivresse, ainsi que les cas de drogues au volant ;
  • le conducteur qui prend la fuite pour échapper aux constatations (délit de fuite) ;
  • un accident de la circulation ayant causé la mort ou une atteinte à l’intégrité du deuxième ou du troisième degré, manifestement dû à un grave défaut de prévoyance ou de précaution ;
  • la conduite alors que vous avez été déchu du droit de conduire ;
  • les excès de vitesse graves : plus de 20 km/h au-delà de la limite en agglomération, dans une zone 30, aux abords d’écoles, dans une zone de rencontre ou une zone résidentielle, ou plus de 30 km/h au-delà de la limite ailleurs ;
  • la conduite d’un véhicule non équipé de l’éthylotest antidémarrage imposé.

En matière d’alcool, le retrait est légalement possible à partir de 0,35 mg/l d’air alvéolaire expiré (AAE), ce qui correspond à 0,8 g/l dans le sang. En vertu d’une circulaire de la ministre de la Justice, les parquets appliquent désormais un seuil de 0,35 mg/l dans tout le pays (auparavant, en règle générale, 0,50 mg/l). Pour en savoir plus sur les seuils, lisez notre article sur la limite d’alcool au volant.

Le retrait est ordonné par le procureur du Roi. En cas d’excès de vitesse graves et dans les cas visés aux articles 60, § 3, et 61ter, § 1er, l’officier de police judiciaire peut également l’ordonner. Il doit alors vous informer immédiatement que vous pouvez en demander la restitution (article 55, § 2).

Retrait immédiat, interdiction temporaire de conduire ou déchéance : quelle différence ?

Trois mesures sont souvent confondues. L’interdiction temporaire de conduire est imposée sur place par la police, notamment après un test d’haleine ou un test salivaire positif ; depuis le 1er juillet 2026, elle dure toujours douze heures. Le retrait immédiat est une mesure provisoire de quinze jours, que le tribunal de police peut prolonger.

La déchéance du droit de conduire, souvent appelée « interdiction de conduire » dans le langage courant, est autre chose : c’est une peine que seul le juge peut prononcer. Pour savoir comment fonctionne cette déchéance et comment récupérer ensuite votre permis, lisez notre article sur la déchéance du droit de conduire.

Combien de temps dure le retrait ?

Quinze jours. Passé ce délai, le ministère public doit restituer le permis, sauf si le tribunal de police a prolongé le retrait (article 56).

Cette prolongation est requise par le procureur devant le tribunal de police et ne peut excéder trois mois ; le procureur peut ensuite encore requérir un renouvellement de la prolongation pour trois mois au plus (article 55bis, § 5). Vous êtes cité à comparaître à cet effet, avec un délai d’au moins sept jours entre la citation et l’audience, et le tribunal statue en audience publique dans les quinze jours suivant la décision de retrait (article 55bis).

Cette audience est votre première véritable occasion d’être entendu – et elle reste souvent inexploitée. Comparaître avec une attestation de l’employeur, un dossier médical ou un schéma concret de vos déplacements augmente les chances que la prolongation soit refusée ou limitée.

Comment demander la restitution de votre permis ?

Aucun formalisme lourd n’est requis. Le ministère public peut restituer le permis d’office ou à la demande du titulaire (article 56).

Cette demande prend la forme d’un courrier motivé adressé au procureur du Roi, mentionnant le numéro de notice du dossier, la raison pour laquelle vous avez besoin de votre permis et les pièces qui l’établissent. Dans les situations urgentes – une activité professionnelle à l’arrêt, une nécessité médicale – une telle demande a de réelles chances d’aboutir, a fortiori en l’absence d’antécédents.

Si l’affaire est entre-temps portée devant le tribunal de police, le débat se déplace vers cette audience. Même à ce stade, il reste utile de demander expressément la restitution : rien n’empêche le tribunal de refuser la prolongation.

Le retrait est-il imputé sur une déchéance ultérieure ?

Oui. Si une déchéance temporaire du droit de conduire vous est ultérieurement infligée, la période durant laquelle votre permis a fait l’objet d’un retrait immédiat est imputée sur la durée de cette déchéance (article 57). Ces jours ne sont donc pas perdus. Vérifiez toutefois que cette imputation est correctement opérée : en pratique, elle ne se fait pas toujours d’elle-même.

Conduire pendant le retrait : une infraction distincte

Celui qui conduit malgré tout un véhicule à moteur pendant le retrait immédiat commet une infraction distincte et grave (article 30, § 3, de la loi relative à la police de la circulation routière). Il en va de même lorsque le tribunal de police a prolongé le retrait.

Pour les faits commis à partir du 1er septembre 2026, il s’agit d’une infraction punie d’une peine de niveau 2 du nouveau Code pénal. Le juge choisit alors notamment entre une peine d’emprisonnement de six mois à trois ans, une peine de surveillance électronique, une peine de travail ou une peine de probation. Vous risquez en outre une amende de 2.000 à 20.000 euros (décimes additionnels compris), et le juge doit prononcer une déchéance du droit de conduire de trois mois à cinq ans ou à titre définitif.

Pour les faits antérieurs au 1er septembre 2026, le régime en vigueur à ce moment-là reste applicable, sauf si le nouveau régime est plus favorable (article 2 du Code pénal). Ce que la réforme change concrètement, vous le découvrirez dans notre article sur le nouveau Code pénal en matière de roulage.

Si compréhensible que soit la nécessité pratique, conduire pendant le retrait est le moyen le plus rapide de transformer un dossier gérable en une affaire lourde. Voir aussi notre article sur la conduite sans permis ou pendant une interdiction de conduire.

Les premiers jours : ce qu’il vaut mieux faire

  1. Conservez le document qui vous a été remis lors du retrait. Il mentionne la date, l’heure et l’autorité qui a ordonné le retrait.
  2. Ne conduisez plus, pas même « juste » pour aller au travail. Conduire pendant le retrait est une infraction distincte et grave.
  3. Rassemblez les pièces qui démontrent pourquoi vous avez besoin de votre permis : une attestation de l’employeur, un horaire avec des services tôt le matin ou tard le soir, la distance jusqu’au travail, la prise en charge d’enfants ou d’un proche, des rendez-vous médicaux.
  4. Contactez un avocat dans la semaine. La demande de restitution et la préparation d’une éventuelle audience sur la prolongation doivent se faire rapidement.

Que doit contenir une demande de restitution ?

Une bonne demande adressée au procureur du Roi est courte et concrète :

  • votre identité, le numéro de notice du dossier et la date du retrait ;
  • un exposé bref et correct des faits, sans déjà plaider l’affaire au fond ;
  • la raison concrète pour laquelle vous avez besoin de votre permis, étayée par des pièces ;
  • votre situation personnelle : un casier judiciaire vierge, une longue expérience de conduite sans incident ;
  • le cas échéant, votre disposition à suivre une formation ou un traitement, lorsque cela est pertinent dans votre dossier.

Une demande qui indique seulement que vous « avez besoin de votre voiture » a peu de chances d’aboutir. Une demande qui démontre que sans permis vous perdez votre emploi, en a davantage.

Questions fréquentes

Puis-je encore rouler à vélo ?

Oui. Un vélo ordinaire ne nécessite pas de permis. Pour un speed pedelec ou un cyclomoteur, un permis est en règle générale requis : vous ne pouvez pas les conduire pendant le retrait.

Le retrait figure-t-il sur mon casier judiciaire ?

Non. Il s’agit d’une mesure provisoire, pas d’une condamnation. Ce qui figurera sur votre casier dépend de la décision ultérieure du juge.

Mon employeur est-il averti ?

Pas par le parquet. Vous devrez toutefois informer vous-même votre employeur si vous conduisez pour votre travail. Une attestation de votre employeur peut d’ailleurs justement être un argument en faveur d’une restitution plus rapide.

Ai-je besoin d’un avocat pour la demande de restitution ?

Non, vous pouvez introduire la demande vous-même. Un avocat sait toutefois quelles pièces font la différence et peut préparer en même temps l’audience relative à une éventuelle prolongation. Si votre affaire est ensuite portée devant le tribunal de police, votre avocat connaît déjà le dossier.

Et si le tribunal de police prolonge le retrait ?

Le retrait est alors prolongé de trois mois au maximum, et cette période est elle aussi imputée ensuite sur une éventuelle déchéance (article 57). Le débat sur la peine – suspension du prononcé, sursis, déchéance limitée au week-end ou à certaines catégories de véhicules – se mène seulement à l’audience au fond. Pour en savoir plus, lisez nos articles sur les moyens de limiter une déchéance du droit de conduire et sur la suspension du prononcé, le sursis et la peine de travail.

Sources

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Sources

Rédigé par Me Mohamed Asfour, avocat à Bruxelles (Novex Advocaten). Dernière mise à jour : 4 octobre 2026. En savoir plus sur le cabinet